Les convictions d’un juriste pour 2019

par Philippe Gabillault, président-fondateur de TOLTEC

Ce matin, j’ai eu envie d’écrire et de partager avec vous les convictions d’un juriste, fondateur et président d’une jeune entreprise, TOLTEC.

Une extension du champ des possibles 

Les nouvelles technologies et les nouveaux usages, avec smartphones, réseaux sociaux et chaines d’information, ont étendu le champ des possibles. Des choses impossibles dans un monde physique sont devenues possibles dans un monde digital… et en plus, elles génèrent des profits significatifs pour leurs opérateurs Google, Amazon, Facebook.  « Anything, anywhere, anytime », telle  est la promesse de Jeff Bezos – le fondateur d’Amazon.

En parallèle, les nouvelles technologies et les nouveaux usages ont impacté notre comportement social en donnant à chacun d’entre nous les moyens de se faire entendre. Cette nouvelle donne a profondément accéléré les échanges, avec une course effrénée aux nombres de vues, aux « followers » et aux « likes ». Ainsi, pour faire augmenter le nombre de ses « followers », pour être un « influenceur reconnu» ou tout simplement pour avoir le sentiment d’exister, il faut marquer les esprits, et le cas échéant recourir à la violence verbale, voire au harcèlement ou à la haine pour être bien considéré par sa communauté de pensée.

Alors que l’année vient tout juste de commencer, qu’il y a une semaine nous prenions quelques bonnes résolutions, le mot qui revient inlassablement à la lecture et à l’écoute des médias est le mot « violence ». Une « violence » polymorphe physique, comportementale, mentale et verbale, dans les relations entre personnes, dans les entreprises, dans les familles, et plus encore dans les échanges sur les réseaux sociaux, où propos agressifs et jugements immédiats se développent au mépris du respect du droit des personnes.

Est-ce dans ce type de société que nous souhaitons vivre ?

A cette question, l’ « immense majorité » d’entre nous répondra par la négative, mais cette même « immense majorité » restera inactive et passive face aux atteintes au droit et à la dignité. Cette immense majorité s’agrègera à des communautés d’intérêt catégorielles ou sociales, sans forcément vouloir ou pouvoir s’engager dans une « initiative humaniste commune ».

Une « initiative humaniste commune » peut-elle encore exister ?

Est-elle aujourd’hui devenue une utopie ? En ce début d’année, à l’heure de l’hyper-individualisme, de l’accélération des inégalités sociales et du sentiment d’exclusion, le pessimisme semble l’emporter.

Nous ne devons pas nous laisser envahir par le fatalisme je suis convaincu qu’une « initiative humaniste commune » peut être mise en œuvre et que « Respect Zone » en est une bonne illustration.

Trois verbes vont guider mon action :  RESPECTER, PROTEGER et VALORISER.

RESPECTER

Pour qu’une « initiative humaniste commune » puisse exister, il faut commencer par accepter de « revivre ensemble » et pour « revivre ensemble » il faut réapprendre à se respecter les uns et les autres, à savoir :

–       Considérer quelqu’un avec respect, porter une profonde estime à quelqu’un, le traiter avec égards en raison de son âge, sa position sociale, sa valeur morale ou intellectuelle.

–       Avoir de la considération pour une valeur intellectuelle, un idéal.

–       Ne pas porter atteinte à un droit et une loi.

–       Ne pas troubler, ne pas déranger, avoir des égards pour quelque chose.

« Revivre ensemble »

Afin de promouvoir ce « revivre ensemble », le 3 décembre 2018, TOLTEC s’est labellisée « Respect Zone ». TOLTEC s’est engagé à soutenir les acteurs de cette résolution qui encourage les internautes à modérer les commentaires irrespectueux, insultes et harcèlements.

« Respect Zone » est une illustration de cette « initiative humaniste commune », que j’appelle de mes vœux. Elle est une ONG Française protégeant le liberté d’expression sur Internet grâce à des outils de communication non-violents. Elle œuvre notamment pour la prévention de la cyber-violence mais aussi pour la protection des enfants, qui sont malheureusement souvent les principales cibles et victimes de cette violence.

Dans un environnement numérique toujours plus complexe, il est désormais impératif de protéger efficacement les victimes de cyber-violence et de défendre les droits des personnes.

Depuis décembre, je m’engage pour que des acteurs économiques de premier plan se labélisent et répondent à l’appel de « Respect Zone ». Je m’engage à contribuer aux travaux du Cercle des Juristes de cette association. Je suis convaincu que nous, juristes, avocats et plus généralement professionnels du droit, nous pouvons contribuer à ce qui est aujourd’hui appelé le « grand débat national ».

Nous ne pouvons plus tout attendre de l’ « Etat Providence », de la promulgation d’une nouvelle loi nationale ou européenne, qui créera de nouvelles contraintes pour les acteurs économiques. Nous devons être créatifs et proposer de nouveaux outils, comportements, codes de conduite et/ou labels.

Par la diversité et l’expérience des juristes qui s’investissent dans « Respect Zone », nous pourrons contribuer utilement au débat en proposant des outils simples, accessibles à tous gratuitement pour aider au « revivre ensemble ».

Ainsi chaque internaute pourra apposer sur sa page personnelle le logo « Respect Zone ». En apposant ce logo, il s’engagera volontairement à titre personnel à modérer les commentaires irrespectueux et devra en « postant » tout nouveau message se poser la question du contenu de celui-ci. Ce label ne sera pas coercitif, il sera responsabilisant.

Responsabiliser la personne, c’est aussi la protéger.

 

PROTEGER

Juristes et professionnels du Droit, sommes et serons les « soignants, guides et protecteurs » de nos organisations, tout en devant réduire et/ou justifier les coûts de nos services.

Savoir être « TRILINGUE »

Pour être audibles et protéger efficacement, nous devons être « TRILINGUE », c’est-à-dire : comprendre le métier, dire le droit, maitriser les technologies. C’est en tout cas, l’approche que j’ai mise en œuvre, d’une part, avec TOLTEC dans l’intégration de la conformité et du principe d’ « ACCOUNTABILITY », et d’autre part dans la protection des personnes qui me sont proches.

Protéger, c’est notamment:

–       avoir identifié les points de sensibilité et avoir pris les décisions adéquates pour éviter les accidents ;

–       faire que quelqu’un ou quelque chose soit mis à l’abri d’un danger, d’une agression, d’un risque quelconque ; mettre son crédit au service de quelqu’un, apporter son appui matériel ou moral à quelqu’un.

Se protéger, à titre privé, c’est notamment:

–       mettre sa ceinture de sécurité ;

–       se couvrir quand il fait froid ;

–       prendre soin de sa santé pour ne pas être malade.

Se protéger, à titre professionnel, c’est à peu près la même chose :

–       se faire accompagner par des professionnels du droit et de la sécurité ;

–       savoir anticiper les changements réglementaires, environnementaux et économiques ;

–       prendre soin de son entreprise en assurant durablement sa conformité.

Des données personnelles privés et professionnelles parfois indissociables

Nos environnements privé et professionnels sont devenus poreux et indissociables. Lorsque vous « googlisez » une personne, le moteur de recherche ne fait pas le tri entre les informations privés et professionnelles. Vous ne pouvez pas valablement et durablement protéger votre entreprise et vos proches, si vous n’avez pas réussi à maitriser les contenus publiquement accessibles et établi une protection homogène des deux environnements.

Protéger nos échanges et se protéger c’est valoriser durablement.

 

VALORISER

Mon principal objectif en 2019 sera de valoriser et mettre en valeur le travail de mes clients et de mes proches, mais aussi celui des personnes, entreprises et associations aux comportements exemplaires, et qui agissent conformément à des engagements éthiques et responsables.

Afin de vous aider, à comprendre et à transformer ce qui vous apparait comme des contraintes en opportunités, à renforcer durablement la relation de confiance entre entreprise, clients, salariés, utilisateurs et internautes. J’aiderai mes clients et mes proches à mieux comprendre les réglementations et contraintes qui les préoccupent en leur apportant des réponses concrètes et « sur mesure ».

Pour cela, après avoir exposé mes valeurs, je pose à chaque fois cette même question : « Et vous, quelles sont vos valeurs ? »

La réponse est essentielle, pour réussir durablement, la valorisation ne peut se construire sur des valeurs éthiques et responsables et les engagements y afférents.

Ces valeurs sont essentielles, car elles vont guider l’ensemble des acteurs d’une organisation : entreprise ou famille.

Plus une organisation est importante, visible ou connue du grand public, plus celle-ci est vulnérable. Car comme évoqué précédemment, la convergence des impacts des nouvelles technologies et des nouveaux usages peut mettre à terre très rapidement des acteurs économiques majeurs.

 

En conclusion,

Nos environnements personnels, professionnels et règlementaires se sont incontestablement complexifiés ces dernières années, et tout porte à croire que cela n’est pas terminé.

De nouveaux acteurs sont apparus, Google, Amazon, Facebook, … donnant parfois de sentiment de sortir de « nulle part », ils ont contribué au « renversement de la table » par une profonde redistribution des cartes, la fermeture de certaines entreprises et la remise en cause de nombreuses pratiques et habitudes, quitte à renforcer les déséquilibres et indirectement le sentiment d’exclusion. Ces nouveaux acteurs sont essentiellement venu des Etats Unis, une seconde vague est et sera sans doute plus chinoise et indienne. Par contre, peu d’acteurs majeurs européens semblent réussir à véritablement prendre des positions significatives.

A qui la faute ?

Aux règlementations multiples qui se développent au niveau national et européen ? Au coût du travail qui freine la capacité pour les entreprises de recruter du personnel et d’être compétitive ? Au manque d’ambition des nations européennes ? Au sentiment d’exclusion d’une partie de la population, face à la mondialisation et au développement de pôles urbains magnétiques (Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, …) au détriment de certaines villes de province moins attractives ?

Toutes ces raisons sont bonnes. De manière factuelle, les règlementations s’accumulent, les moyens de l’autorité publique ne sont pas extensibles, l’autorité demande désormais aux acteurs économiques de s’auto-contrôler, de mettre en place leur conformité et de rendre compte, c’est le principe de l’ ACCOUNTABILITY, que l’on retrouve dans le RGPD, dans les entités réglementées ou dans la loi Sapin 2.

Pour cela, l’évolution de notre environnement implique de mettre la confiance au cœur de la relation entre les parties : entreprise, association, administration, famille et individu. Cette confiance mutuelle ne doit pas être un vain mot, afin de « vivre ensemble ».

Le plus difficile n’est pas de gagner la confiance, mais de la conserver.

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